Anti-inflammatoires et crises cardiaques : ce qu’il faut savoir

Version imprimable
10 Mai 2017
Michèle Bally

Une étude publiée cette semaine dans The BMJ par la chercheuse au CRCHUM Michèle Bally révèle que tous les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) communément prescrits - l'ibuprofène, le diclofénac, le célecoxib et le naproxène – sont associés à un risque accru de crise cardiaque. Ce risque accru survient dès la première semaine d'utilisation, et il est plus marqué avec l’emploi de doses élevées. Ce qu’il faut retenir en quatre questions.
 

Dans quel contexte se situe cette étude? 

L’objectif de cette étude était de mieux comprendre le risque de crise cardiaque associé à la prise orale d’anti-inflammatoires non stéroïdiens ou AINS (ibuprofène, diclofénac, célécoxib et naproxène) sur ordonnance, tel que les gens les utilisent habituellement pour soulager la douleur et l’inflammation au quotidien.

Dans les essais cliniques, les AINS étaient habituellement pris sur une base continue à des doses normalisées élevées, selon les exigences du protocole de l’essai. Toutefois, les posologies et les durées de traitement évaluées dans les essais ne sont pas nécessairement représentatives de la réalité observée chez de nombreux patients qui prennent des AINS à des doses faibles et variables, qui arrêtent puis reprennent leur traitement, ou qui passent d’un AINS à un autre.
 

Quels sont les principaux résultats de cette étude?

Cette étude a montré que tous les AINS couramment prescrits, à savoir l’ibuprofène, le diclofénac, le célécoxib et le naproxène, étaient associés à une augmentation du risque de crise cardiaque.

Cette hausse du risque de crise cardiaque a pu être observée dès la première semaine d’utilisation.

Le risque de crise cardiaque était plus grand avec les doses d’AINS les plus élevées.

Les risques de crise cardiaque les plus importants ont été observés au cours du premier mois de traitement avec des AINS à doses élevées (célécoxib > 200 mg, diclofénac > 100 mg, ibuprofène > 1200 mg et naproxène > 750 mg).

Lorsque les AINS ont été pris pendant une période supérieure à un mois, le risque de crise cardiaque ne continuait pas à augmenter encore davantage. Toutefois, l’étude n’a pas permis d’évaluer les crises cardiaques à répétition.
 

Mise en perspective des résultats de l’étude

Généralement, les personnes atteintes de maladies du cœur ou qui présentent des facteurs de risques cardiaques  pourraient courir un risque plus élevé de crise cardiaque suite à une prise d’AINS que les personnes chez qui ces facteurs de risques sont absents, en raison d’un risque plus élevé au départ. On recommande que les gens s’informent de leur risque personnel de maladies du cœur et qu’ils discutent de l'utilisation des AINS avec leur médecin, sachant qu’en moyenne le risque de crise cardiaque associé aux AINS n’est que d’environ 1 % par an.

Globalement, on a observé dans l’étude que le risque de crise cardiaque augmente d’environ 20 à 50 % avec la prise d’AINS couramment utilisés. Pour la plupart des gens, cela ne représente qu’une faible augmentation du risque au-delà de leur risque personnel à la base. Toutefois, du point de vue de la santé publique, même de légères augmentations du risque de crise cardiaque sont importantes parce que l’usage des AINS  est très répandu.
 

Que faut-il retenir des résultats de cette étude? 

Les AINS sont largement utilisés pour traiter la douleur et l’inflammation causées par diverses affections de longue durée comme l’arthrite et d’autres troubles articulaires, ou  pour des problèmes à court terme comme les crampes menstruelles, la fièvre due au rhume ou à la grippe ainsi que les maux de dos et de tête occasionnels. Certains AINS, notamment l’ibuprofène et le naproxène, sont disponibles sans ordonnance.

Pour traiter une douleur, une fièvre ou une inflammation occasionnelle  il serait bon d’examiner toutes les options thérapeutiques existantes, car l’augmentation du risque de crise cardiaque associée aux AINS peut être observée au cours des sept premiers jours du traitement. Il est important que les gens lisent les étiquettes des AINS et les utilisent aux doses efficaces les plus faibles possible. 

Les personnes qui prennent ces médicaments pour traiter une affection chronique douloureuse devraient évaluer les avantages d’augmenter la dose pour obtenir une meilleure efficacité compte tenu de l’augmentation possible du risque de crise cardiaque.

Michèle Bally, BPharm, M. Sc., Ph. D.
Épidémiologiste et chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM)
 

Référence :

« Risk of acute myocardial infarction with NSAIDs in real world use: bayesian meta-analysis of individual patient data ». Journal : The BMJ

 

Pour en savoir plus

Lire le communiqué de presse