Branché contre le cancer du cerveau

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3 Octobre 2017
Éric Renaud avec son casque

Un casque qui émet des champs électriques sur le cerveau pour traiter le cancer? Cette technologie novatrice est expérimentée avec succès par quelques patients suivis au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). Le Dr David Roberge, radio-oncologue et chercheur au CHUM, mène une étude clinique qui vise à évaluer l’effet de ce dispositif pour prolonger la vie des patients atteints de cancers neurologiques. 

« Les premiers résultats publiés dans JAMA en 2015 ont démontré que le traitement est avantageux pour les patients souffrant d’un glioblastome, la tumeur primitive du cerveau la plus fréquente. En plus des traitements standards de chimiothérapie et radiothérapie, les patients doivent porter le dispositif au moins 80 % du temps. Il a été prouvé que les patients vivent cliniquement plus longtemps d’environ 5 mois avec ce traitement additionnel. À deux ans, 43 % de patients sous TTF étaient toujours en vie comparativement à 29 % avec le traitement standard », fait valoir le Dr Roberge, également professeur à l’Université de Montréal.

Éric Renaud, 50 ans, a été opéré pour un glioblastome et il a participé au premier essai clinique mené au Canada pour évaluer l’appareil. Depuis maintenant neuf ans, le pilote de ligne actuellement en congé maladie porte ce drôle de casque constitué de quatre plaques munies d’électrodes et de fils reliés à un ordinateur. « Je ne dis pas que c’est l’appareil qui m’a gardé en vie, mais c’est certain que ça n’a pas nuit! », dit-il.

Comment ça fonctionne?

Le système développé par la compagnie américaine Novocure délivre des « champs de traitement de la tumeur », appelés TTField. Il s’agit de champs électriques alternatifs de faible intensité destinés à perturber la division des cellulaires cancéreuses. « Le casque agit comme un bouclier pour empêcher les cellules cancéreuses de se diviser. Le mécanisme d’action n’est pas encore bien compris, mais on pense qu’il y a un lien avec la sensibilité à l’électromagnétisme des microtubules, une structure de la cellule impliquée dans la division cellulaire », explique le Dr Roberge.

Appareil expérimental 

L’appareil a été approuvé par la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis pour le traitement du glioblastome récurrent et récemment diagnostiqué. Mais il n’est pas encore approuvé au Canada. « Nous avons obtenu la permission de Santé Canada au cas par cas dans le cadre de nos recherches, explique le Dr Roberge. La compagnie a fourni gracieusement l’appareil aux patients. Pour le rendre disponible à la population, il faudrait qu’il soit approuvé comme dispositif médical. »

Le système est onéreux. Au Canada, un tarif n’a pas été établi, mais il pourrait s’élever à plus de 20 000 $ par mois par patient. Cela s’expliquerait par les coûts de développement de la technologie, mais aussi parce qu’un suivi par un technicien qui se déplace au domicile du patient peut être nécessaire.

« J’aimerais que les québécois puissent en bénéficier. Je suis chanceux parce que l’appareil m’a été fourni. Pour moi, les preuves sont faites et c’est triste qu’il ne soit pas disponible », dit Éric Renaud.

L’entreprise Novocure, qui commercialise la technologie, a fait une demande d’approbation à Santé Canada. Éventuellement, l’appareil pourrait donc être commercialisé ici. Mais on ignore si un tel traitement serait remboursé par le système de santé du Québec.  

Nocovure a mis au point une deuxième version du casque, plus léger et plus précis. L’entreprise dirige aussi plusieurs essais cliniques, avec la participation de centres hospitaliers comme le CHUM, pour évaluer l’appareil dans le traitement d’autres cancers, dont l’essai METIS pour les métastases cérébrales.

« Nous débutons maintenant une deuxième étude importante pour évaluer la technologie dans les cas de métastases cérébrales consécutives à un cancer bronchique non à petites cellules. Je pense que ce traitement novateur, ajouté aux traitements conventionnels, a le potentiel d’empêcher le développement des métastases. C’est un mode de traitement inédit que nous allons évaluer au cours des prochaines années », conclut le Dr David Roberge.

Pour en savoir plus

Optune

Essai METIS Brain Metastasis

Champs TTFields

 

Pour participer à l’étude

Pour évaluer si vous êtes un candidat potentiel pour l’étude METIS pour les métastases cérébrales consécutives à un cancer bronchique non à petites cellules, contactez : 514 890-8000, poste 26906 ou diane.trudel.chum@ssss.gouv.qc.ca.

 


Photo : Éric Renaud