Guérir les plaies avec la thérapie cellulaire

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29 Mai 2017
Patrick Laplante et Jean-François Cailhier

Un traitement expérimental chez la souris permet de reprogrammer les cellules du sang pour accélérer la cicatrisation des blessures cutanées. Cette approche pourrait s’avérer salutaire pour guérir les plaies difficiles des diabétiques et des grands brûlés. 

Les personnes diabétiques ont souvent des lésions aux pieds très difficiles à guérir, en raison d’une mauvaise circulation sanguine. Dans les cas d’infections graves qui ne guérissent pas, on doit trop fréquemment se résoudre à l’amputation. Une nouvelle approche thérapeutique présentée récemment dans Journal of Investigative Dermatology par des chercheurs canadiens affiliés au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) pourrait prévenir ces complications en améliorant la cicatrisation des plaies.

Un nouvel onguent antibiotique? Pas du tout. On parle ici de médecine personnalisée. « Nous avons trouvé une façon de modifier certains globules blancs - les macrophages - pour les rendre capables d’accélérer la guérison cutanée », résume le Dr Jean-François Cailhier, néphrologue, chercheur au CRCHUM et professeur à l’Université de Montréal.

On savait que les macrophages jouent un rôle clé dans le processus normal de guérison d’une plaie. Ces globules blancs spécialisés dans le grand ménage cellulaire sont essentiels pour réparer les tissus et accélérer la guérison en maintenant l’équilibre entre les réactions inflammatoires et anti-inflammatoires (pro-réparation). 

« Lorsqu’une lésion n’arrive pas à guérir, il peut y avoir trop d’inflammation et pas assez d’action anti-inflammatoire, explique le Dr Cailhier. Nous avons découvert qu’on peut contrôler le comportement des macrophages pour faire pencher la balance vers la réparation cellulaire grâce à une protéine particulière appelée Milk Fat Globule Epidermal Growth Factor-8 ou MFG-E8. »

L’équipe du professeur Cailhier a d’abord démontré que lorsque la peau présente une lésion, le MFG-E8 commande une réaction anti-inflammatoire et pro-réparatrice aux macrophages. Sans cette protéine, les lésions guérissent beaucoup moins vite. Ensuite, les chercheurs ont mis au point un traitement par transfert adoptif de cellules, afin d’amplifier le processus de cicatrisation.

Le transfert adoptif de cellules consiste à soigner le patient à partir de ses propres cellules, qui sont prélevées, traitées, puis réinjectées pour agir sur un organe. Pour la première fois, on démontre que cette stratégie d’immunothérapie utilisée pour traiter certains cancers s’avère aussi utile pour reprogrammer les cellules afin de faciliter la cicatrisation de la peau.  

« Nous avons pris des cellules souches de moelle osseuse de souris pour obtenir des macrophages, que nous avons traitées ex vivo avec la molécule MFG-E8 avant de les réinjecter dans les souris, et nous avons rapidement constaté une accélération de la cicatrisation », explique Patrick Laplante, assistant de recherche et premier auteur de l’étude. 

« La protéine MFG-E8, en agissant directement sur les macrophages, est capable de générer des cellules qui vont orchestrer une guérison cutanée accélérée », précise le Dr Jean-François Cailhier.

La beauté de cette thérapie, c’est que le patient (la souris dans ce cas) n’est pas exposé à la protéine elle-même. « Si on injectait la protéine MFG-E8 directement dans le corps, il pourrait y avoir des effets à distance de la blessure sur toutes les cellules sensibles au MFG-E8, ce qui peut engendrer une réparation excessive de la peau qui créerait des cicatrices aberrantes appelées chéloïdes. L’avantage majeur, c’est qu’on administre seulement les cellules qui ont été reprogrammées et on constate qu’elles sont capables de créer l’environnement nécessaire pour accélérer la cicatrisation. Nous avons donc découvert le potentiel incroyable des macrophages pour permettre la guérison par simple traitement ex vivo », ajoute le Dr Cailhier.

Reste maintenant à tester ce traitement personnalisé à partir de cellules humaines. L’idée sera ensuite de développer un programme de thérapie cellulaire humaine pour des patients diabétiques et grands brûlés. Il faudra compter plusieurs années de recherche avant d’en arriver là.

Mais dans les cas de plaies difficiles, ce traitement avancé et personnalisé pourrait faire toute la différence. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le diabète touche 8,5 % de la population mondiale, et les taux d’amputation des membres inférieurs sont 10 à 20 fois plus élevés chez les diabétiques. « Si on arrive à fermer les plaies et accélérer la cicatrisation des ulcères chez les diabétiques avec ce traitement, peut-être qu’on pourrait éviter des amputations. Les grands brûlés pourraient aussi en bénéficier. En accélérant et régularisant la guérison des brûlures, on réduit potentiellement les infections et les chéloïdes qui malheureusement arrivent trop fréquemment chez ces patients », conclut le Dr Jean-François Cailhier. Les patients ayant eu des cancers nécessitant de grandes reconstructions pourraient également en bénéficier.

À propos de cette étude

L’étude « MFG-E8 reprogramming of macrophages promotes wound healing by increased bFGF production and fibroblast functions » a été publiée le 16 mai 2017 dans la revue Journal of Investigative Dermatology. Jean-François Cailhier est néphrologue et chercheur au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM), titulaire de la chaire Claude-Bertrand en neurochirurgie de l’Université de Montréal, professeur à l’Université de Montréal et membre de l’Institut du cancer de Montréal. Les autres auteurs sont : Patrick Laplante, Frédéric Brillant-Marquis, Marie-Joëlle Brissette, Benjamin Joannette-Pilon, Romain Cayrol et Victor Kofta. Cette étude a été financée par l’Institut du cancer de Montréal (ICM).

Pour en savoir plus, consultez l’étude