La présence d’anomalies cardiaques congénitales du nourrisson pourrait prédire des problèmes cardiaques plus tard chez les mères

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3 Avril 2018
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Les femmes donnant naissance à un enfant présentant une anomalie cardiaque congénitale pourraient courir un plus grand risque d’être hospitalisées pour un problème cardiovasculaire plus tard au cours de leur vie, selon une nouvelle étude publiée dans la revue Circulation de l’American Heart Association.

L’étude portant sur plus d’un million de femmes est la première à montrer que la présence d’anomalies cardiaques congénitales chez les nouveau-nés pourrait être un marqueur d’augmentation du risque de voir leurs mères développer des problèmes cardiaques, notamment une crise cardiaque et une insuffisance cardiaque, des années après leur grossesse. 

Les chercheurs ont analysé les données de femmes ayant accouché entre 1989 et 2013 dans la province du Québec (Canada) en donnant naissance à des enfants atteints d’anomalies cardiaques critiques ou non critiques, ou indemnes d’anomalies cardiaques. Ils ont suivi ces femmes pendant un maximum de 25 ans après la grossesse à la recherche d’hospitalisations en rapport avec une maladie cardiovasculaire incluant, notamment, des crises cardiaques, une insuffisance cardiaque, des troubles liés à l’athérosclérose et les transplantations cardiaques. 

En les comparant aux mères de nourrissons sans anomalie cardiaque congénitale, les chercheurs ont constaté : 

  • une augmentation de 43 % du risque d'hospitalisation pour cause cardiovasculaire chez les femmes dont un enfant avait eu une anomalie cardiaque congénitale de niveau critique; et
  • une augmentation de 24 % du risque d'hospitalisation pour cause cardiovasculaire chez les femmes dont un nourrisson avait eu une anomalie cardiaque congénitale de niveau non critique.

Les auteurs de l’étude notent que la relation entre les anomalies cardiaques congénitales des nourrissons et les troubles cardiovasculaires survenant après la grossesse chez les mères n’est pas encore comprise et qu’un élément génétique ne peut pas être exclu. De plus, dans la mesure où 85 % des nourrissons ayant des anomalies cardiaques ont maintenant survécu au-delà de l’adolescence, l’impact psychosocial de ces anomalies congénitales sur les aidants naturels peut avoir un effet cumulatif à long terme. 

« Prendre soin d'un nourrisson atteint d'une malformation cardiaque congénitale est associé à un stress psychosocial et financier qui peut augmenter le risque à long terme de maladie cardiovasculaire chez les mères », a déclaré la Dre Nathalie Auger (M.D.), principale auteure de l’étude et épidémiologiste au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) à Montréal (Québec), Canada.

Les chercheurs croient que l’étude donne à ces mères la chance de bénéficier de stratégies de prévention précoce et de conseils pour réduire leur risque de maladie cardiovasculaire, la principale cause de décès chez les femmes.

Selon le Dr Auger, les prestataires de soins, comme les obstétriciens, qui suivent et traitent les femmes aux stades précoces lorsque se pose le problème d’enfants atteints d’anomalies cardiaques, peuvent aider ces dernières à comprendre et réduire leur risque. 

« Ces médecins sont très bien placés pour informer les femmes sur cette possibilité, à savoir le plus grand risque de maladie cardiaque, et leur fournir des recommandations pour cibler d’autres facteurs de risque comme le tabagisme, l’obésité et l’activité physique », a-t-elle déclaré. 

Certaines limites de la recherche incluent le fait que les femmes étaient jeunes au début de l’étude, si bien que pour beaucoup d’entre elles, les 25 ans de suivi n’allaient pas au-delà de la ménopause, excluant la période de plus grand risque de maladie cardiovasculaire. Et, parce que les chercheurs ont utilisé des données médicales existantes, ils n’avaient pas d’information détaillée sur les facteurs de risque de ces femmes, tels que le poids corporel et le tabagisme. Ce seront des points importants à prendre en compte dans de futures études, ont indiqué les chercheurs. 

Les coauteurs de l’étude sont le Dr Brian Potter, M.D., C.M., S.M., Marianne Bilodeau-Bertrand, M. Sc., et le Dr Gilles Paradis, M.D., M. Sc. Les auteurs n’ont signalé aucun conflit d’intérêts. L’étude a été financée par la Fédération des maladies du cœur et de l’AVC du Canada et le fonds de recherche du Québec-Santé. 

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