Maladie rare du cerveau chez l’enfant : percées majeures sur le syndrome de Rasmussen

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9 Avril 2018
Enfant

L’encéphalite focale de Rasmussen ou syndrome de Rasmussen est une maladie inflammatoire du cerveau, rare et dévastatrice, qui peut mener à la destruction ou à l’ablation d’une partie du cerveau de l’enfant atteint. Grâce à une expérience sur des souris humanisées, une équipe de chercheurs de l’Université de Montréal et des centres de recherche du CHUM et du CHU Sainte-Justine vient de démontrer ce que les scientifiques soupçonnaient : la maladie est d’origine auto-immune, c'est-à-dire que le patient est attaqué par son propre système immunitaire.

« Plusieurs traitements ont été proposés pour freiner la progression de la maladie chez les enfants atteints, mais ils ont mené à des résultats contradictoires, particulièrement à long terme, explique le Dr Alexandre Prat, professeur de neurosciences à l’Université de Montréal, chercheur au Centre de recherche du CHUM et coauteur de l’étude. En plus d’avoir mis au jour l’origine auto-immune de la maladie, notre recherche montre que le recours aux souris humanisées permet de préciser le diagnostic de la maladie, qui pour certains enfants est difficile à établir, puisqu’il n’y a pas de marqueurs biologiques de la maladie. L’utilisation de ces souris pourrait aussi permettre de tester divers traitements afin de déterminer lequel serait le meilleur pour l’enfant malade. C’est ce qu’on appelle la médecine individualisée ou de précision. »

C’est le neurochirurgien Théodore Rasmussen (1910-2002), spécialisé dans le traitement de l’épilepsie, qui a découvert la maladie qui porte son nom. Se développant le plus souvent chez l’enfant, cette affection dégénérative dont la cause est toujours inconnue se caractérise par des crises d’épilepsie continues qui résistent aux traitements classiques antiépileptiques. Dans sa forme la plus grave, seule la déconnexion des deux hémisphères cérébraux ou l’ablation de l’un d’eux, avec les conséquences neurologiques que cela entraîne, peuvent faire diminuer la fréquence des crises. L’évolution de la maladie cause un déclin cognitif et des troubles graves de l’apprentissage. La prévalence de la maladie est de 0 à 2 cas par année pour l’ensemble du Canada.

Des souris humanisées pour étudier les maladies rares

C’est ici qu’entrent en scène les docteurs Elie Haddad et Lionel Carmant, tous deux professeurs au Département de pédiatrie de l’UdeM et chercheurs au CHU Sainte-Justine. « Le syndrome de Rasmussen fait partie de ces maladies tellement rares que les scientifiques ne peuvent rassembler assez de personnes atteintes pour l’étudier et pour mener des essais cliniques. Nous ne connaissons pas non plus d’animaux souffrant de la maladie avec lesquels les chercheurs pourraient travailler », explique le Dr Carmant.

Mais grâce au développement de la recherche, les souris NSG™ ou souris humanisées viennent au secours des chercheurs et, peut-être bientôt, des enfants atteints. Les souris humanisées sont des souris sans système immunitaire qui ont été conçues en laboratoire dans les années 2000. Elles servent à étudier le système immunitaire humain et des maladies comme le cancer, la leucémie, le VIH, et parfois certaines allergies ou maladies inflammatoires.

Dans son laboratoire du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, le Dr Haddad utilise les souris humanisées pour ses recherches sur le cancer et les traitements par immunothérapie, une voie d’avenir dans la lutte contre le cancer. Le Dr Lionel Carmant a donc fait appel à son expertise et ensemble ils ont eu l’idée d’utiliser ces précieuses souris pour étudier le syndrome de Rasmussen.

« Nous avons introduit dans les souris des cellules immunitaires du sang de patients atteints du syndrome de Rasmussen. Comme ces rongeurs n’ont pas de système immunitaire, ils n’ont pas pu les rejeter, indique le Dr Haddad. Nous avons ensuite observé ces souris qui ont développé les mêmes symptômes que les malades, soit des convulsions graves et des nécroses au cerveau. La biopsie des cerveaux de souris a révélé une atteinte immunologique pratiquement identique à celle des patients, ce qui est la preuve de l’origine auto-immune de la maladie. »

L’espoir d’une vie meilleure pour les enfants atteints

L’espoir que vient susciter cette recherche avec les souris humanisées réside dans la possibilité d’employer ces animaux pour poser un diagnostic le plus tôt possible et choisir le meilleur traitement pour chaque enfant malade. Si le patient est traité tôt et reçoit le bon traitement, il est possible d’éviter le déclin cognitif que provoque la maladie ainsi que l’opération au cerveau (hémisphérectomie).

« Pour ce faire, il reste à concevoir un protocole de diagnostic standardisé recourant aux souris NSG™ et pouvant être utilisé dans les hôpitaux pédiatriques. La souris deviendrait un avatar du patient pour préciser le diagnostic et établir un protocole de traitement personnalisé », conclut le Dr Prat.

À propos de l’étude

Hania Kebir, Lionel Carmant et autres, “Humanized mouse model of Rasmussen’s encephalitis supports the immune-mediated hypothesis”, Journal of Clinical Investigation, 9 avril 2018.

Cette étude a été financée par la RE Foundation par les Instituts de recherche en santé du Canada.

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Source : Université de Montréal