Un médicament contre l’acné proposé pour le traitement de la sclérose en plaques

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31 Mai 2017
Minocycline

Une étude ouvre la voie vers une nouvelle option thérapeutique sûre et abordable

Les résultats d’un essai clinique canadien mené par des chercheurs du Hotchkiss Brain Institute (HBI), affilié à l’École de médecine Cumming de l’Université de Calgary, avec plusieurs hôpitaux participants dont le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), révèlent que la minocycline – médicament couramment employé contre l’acné – pourrait retarder l’évolution vers la forme cyclique (poussées-rémissions) de la sclérose en plaques (SP) chez des personnes ayant présenté un premier épisode de symptômes évocateurs de la SP.

En plus de constituer une découverte inattendue, la constatation des effets bénéfiques d’un médicament contre l’acné pour les personnes aux prises avec des troubles neurologiques est d’une importance cruciale, dans la mesure où les gens qui en sont au tout premier stade de la SP pourront de ce fait compter sur un médicament abordable et sans danger. À l’échelle mondiale, cette avancée pourrait avoir des retombées pour des milliers de personnes chez qui on soupçonne la présence de la SP.

Les résultats de cet essai clinique de phase III ont été publiés aujourd'hui dans le New England Journal of Medicine. L’essai a été mené auprès de 142 participants, âgés de 18 à 60 ans, dans douze centres de recherche canadiens situés dans les villes suivantes : Vancouver, Burnaby, Calgary, Edmonton, Winnipeg, Ottawa, Toronto, London, Montréal, Québec et Halifax. 

La sclérose en plaques est une maladie auto-immune du système nerveux central (cerveau et moelle épinière). Elle prend pour cible la myéline, gaine protectrice des fibres nerveuses, provoquant de l’inflammation qui entraîne souvent la détérioration de cette substance. La minocycline, soit le médicament qui a fait l’objet de l’essai, agit en réduisant l’inflammation associée à cette affection.

Au Canada, le coût annuel de chacun des médicaments prescrits actuellement contre la sclérose en plaques cyclique varie de 20 000 $ à 40 000 $. Or, le traitement par la minocycline serait beaucoup moins onéreux, son coût s’élevant à environ 600 $ par an. Aux États-Unis, le traitement de la SP coûte généralement trois fois plus cher qu’au Canada. Selon les chercheurs, les économies potentielles liées à cette nouvelle option thérapeutique seront énormes et se traduiront par une accessibilité accrue au chapitre du traitement de la SP.

Les chercheurs et les médecins se réjouissent de cette avancée, car il n’existe actuellement aucun traitement oral approuvé au Canada pour les personnes qui en sont au tout premier stade de la SP. 

La minocycline est commercialisée depuis une cinquantaine d’années déjà, et aucune nouvelle approbation de Santé Canada n’est requise en vue d’une utilisation non indiquée sur l’étiquette dans le cadre de la prise en charge de la SP.

« Les résultats cliniques sont convaincants », affirme la Dre Luanne Metz, auteure de l’étude, membre du HBI, professeure au Département des neurosciences cliniques de l’École de médecine Cumming et neurologue aux Services de santé de l’Alberta. Compte tenu de ces résultats, les neurologues pourront prescrire la minocycline à des patients qui auront présenté un premier épisode de démyélinisation si les clichés d’IRM de ces derniers révèlent que la SP est probablement en cause.

« Les patients disposeront maintenant d’une nouvelle option thérapeutique qui ne nécessitera pas d’injections, de suivi en laboratoire ni d’approbation spéciale de leur compagnie d’assurance, à condition qu’ils bénéficient au départ d’une couverture adéquate. Rappelons qu’un processus d’approbation peut retarder de trois à quatre mois l’amorce d’un traitement, alors que la minocycline peut être administrée sans délai », ajoute le Dr Pierre Duquette, neurologue, chercheur au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal et professeur à l’Université de Montréal.

À l’heure actuelle, un premier épisode clinique évoquant la forme cyclique de la sclérose en plaques amène souvent les médecins soit à prescrire un examen par IRM qui, environ six mois après les premiers symptômes, permettra de poser ou d’écarter un diagnostic de SP, soit à recourir à des médicaments injectables visant à réduire le risque d’évolution vers une SP cliniquement certaine.

« Il n’est pas encore possible de guérir la SP, mais les résultats de l’essai sur la minocycline permettent d’espérer qu’on disposera à l’avenir d’un traitement accessible et abordable. Ces résultats auront aussi un impact à l’échelle mondiale, notamment dans les pays où les gens atteints de SP ne peuvent se faire traiter en raison du coût très élevé des médicaments dont ils auraient besoin », explique le Dr V. Wee Yong, Ph. D., chercheur du HBI et professeur du Département des neurosciences cliniques de l’École de médecine Cumming.

Jill, âgée de 34 ans, a éprouvé des symptômes évocateurs de la SP à l’âge de 27 ans. Un matin, elle s’est réveillée avec des fourmillements dans les mains. Avant qu’on lui confirme la présence de lésions au cerveau et à la moelle épinière, ces engourdissements s’étaient étendus sur la moitié de son corps. Jill a participé à l’essai clinique de deux ans sur la minocycline et a continué à prendre ce médicament après la fin de l’étude. Elle ne ressent plus aucun symptôme de SP. Elle a pris la minocycline pendant six ans et, après en avoir discuté avec son médecin, elle a décidé de cesser ce traitement. « Comme ce médicament est un antibiotique, je souhaitais donner une pause à mon organisme. Je reprendrai peut-être ce traitement un jour. C’est fantastique d’avoir cette possibilité. » 

Les participants à l’essai, qui venaient de présenter leur première manifestation démyélinisante, ont été répartis de façon aléatoire en deux groupes pour recevoir par voie orale la minocycline, administrée à raison de 100 mg, deux fois par jour, ou un placebo. À l’issue des six mois de traitement, les chercheurs ont pu constater que la minocycline avait réduit de 27,6 p. 100 la proportion de personnes dont l’état avait évolué vers la SP. (Plus précisément, le risque de conversion vers la SP était de 61 p. 100 parmi le groupe placebo et de 33,4 p. 100 au sein du groupe traité par la minocycline.) Ces résultats se comparent à ceux que l’on constate relativement aux traitements actuels.

« Dans le domaine de la recherche au Canada, il s’agit d’une grande réussite à laquelle la Société canadienne de la SP et la FRSSP sont fières d’avoir contribué », ajoute la Dre Karen Lee, vice-présidente de la recherche de la Société canadienne de la SP. « Ces chercheurs et neurologues figurent parmi les plus expérimentés du monde. Ils ont eu une idée qu’ils ont fait cheminer du laboratoire jusqu’au chevet du patient. Nous trouvons très encourageants les résultats de l’essai clinique et sommes ravis de savoir que les personnes atteintes de SP pourront bénéficier d’une option thérapeutique efficace et sans danger dès les premiers stades de la maladie. »

« Les résultats de cet essai clinique démontrent l’intérêt que présente l’évaluation de médicaments existants en vue de l’établissement de nouvelles indications. La minocycline, qui est un médicament contre l’acné déjà commercialisé, sans danger et bien toléré, peut être utilisée dès à présent à des fins cliniques dans le contexte de la SP », explique le Dr Pierre Duquette.

Le financement des premières phases de la recherche sur l’utilisation de la minocycline dans le contexte de la SP a été assuré par les Instituts de recherche en santé (IRSC) et la collectivité. L’essai clinique de phase III sur ce médicament a été financé par la Société canadienne de la sclérose en plaques et la Fondation pour la recherche scientifique sur la sclérose en plaques (FRSSP).


Sources : d’après un communiqué de presse émis par l’École de médecine Cumming de l’Université de Calgary et la Société canadienne de la sclérose en plaques.